ARRESTATION DE DEUX CONTREBANDIERS

Le 4 mars 1762, plusieurs personnes de la paroisse de Chisseaux et des environs se plaignent auprès de la maréchaussée que deux particuliers vendent et distribuent de la mauvaise drogue pour du tabac en poudre et demandent qu’ils soient arrêtés ou ils le feront eux-mêmes.

Les particuliers étaient Le Pain et Joseph Drouet qui distribuaient du tabac en poudre en différents endroits aux environs de la ville de Montrichard.

Les cavaliers de la maréchaussée de Touraine, brigade de Montrichard, Sylvain Duvau, 46 ans et François Dumont, 60 ans, demeurant paroisse de Nanteuil étant partis de Chenonceaux, chacun de leur côté, à la recherche des délinquants. Duvau les rencontra à Chisseaux et les arrêta tous deux avec le secours de quatre paysans qu’il somma « de par le roi » de lui donner main forte. Duvau amena les prisonniers et le cheval à Chenonceaux, à l’auberge du Cheval rouge, pour y attendre Dumont afin de conduire les délinquants dans les prisons royales de Montrichard le vendredi matin. Les paysans aidèrent les cavaliers à les garder toute la nuit et reçurent quelques sols chacun pour leur aide.

Les biens des prisonniers furent saisis et confisqués : trois ballots de tabac représentant soixante livres trois onces et un cheval qui fut mis en fourrière dans une auberge de Montrichard. L’instruction de cette affaire relevait de la compétence de l’élection d’Amboise. Toutefois, les officiers du grenier à sel de la ville, au lieu de s’en tenir à l’affirmation du procès-verbal des cavaliers procédèrent à tort, à l’interrogatoire des délinquants et proposèrent de suivre l’instruction de cette affaire.

L’affaire étant du ressort d’Amboise, le procureur du roi requiert qu’aux frais de Pierre Henriette, adjudicataire des fermes de France, demeurant à Paris, dont le fondé de pouvoir était Maître Celton Harché, entreposeur de tabac à Amboise, rue Porte Heurtault, lesdits délinquants soient transférés sous bonne et sûre garde, des prisons de Montrichard en celles d’Amboise ; le cheval à la fourrière d’Amboise et le procès-verbal établi par les cavaliers ainsi que le tabac saisi, au greffe.

Le 11 mars 1762, les cavaliers de la maréchaussée de Montrichard, Sylvain Duvau, François Dumont, Mathurin Goujon et François Chapelot conduisent les prisonniers à Amboise où ils arrivent à 21 h. Ils y déposent le tabac dans le bureau de Jean Baptiste Celton Harché, qui procède à la pesée du tabac sur les balances ordinaires du bureau, pour en vérifier le poids.

Le 12 mars 1762, l’interrogatoire de Joseph Drouet est dirigé par Nicolas Tournyer, conseiller du roi, premier juge civil et criminel d’Amboise.

Drouet dit être soldat au régiment de Montrevel, compagnie de la Combe, avoir 27ans, être de la religion catholique, apostolique et romaine.

« Le 4 mars, il venait de Beaulieu-lès-Loches et étant à Francueil, il trouva dans un cabaret l’homme (Le Pain) qui a été arrêté avec lui, avec lequel il but une chopine de vin. Après quoi ils passèrent la rivière de Cher ensemble dans une barque pour redescendre au bourg de Chisseaux chez le nommé Lebert où son compagnon avait à faire pour acheter de la marchandise. Avec Lebert et un bonhomme inconnu d’eux, ils burent deux pots de vin. Il était 16 ou 17 heures et voulaient aller à Montrichard.

Concernant le tabac, Drouet dit qu’ayant rencontré une demie-lieue ou environ avant le bourg de Francueil d’autres soldats qui avaient du tabac qu’ils avaient apporté de la garnison, lui offrirent de lui vendre, ce qu’il eut la simplicité de faire pour être plus à son aise en allant rejoindre son régiment. L’ayant caché aux environs de Francueil et mis le tout dans un grand sac, il pria instamment Le Pain de le soulager en lui permettant de mettre la marchandise sur son cheval gris-blanc, sans lui dire ce que c’était. »

Joseph Drouet fut à nouveau interrogé le 18 mars où il réaffirma que Lepain ignorait qu’il y avait du tabac sur le cheval et dit qu’il en avait vendu une lieue avant de le rencontrer et également dans une maison à Francueil pendant que Lepain faisait apprêter la barque pour passer le Cher.

Le 12 mars 1762, interrogatoire de Lepain, drapier, 39 ans, qui dit demeurer à Orbigny, être de la religion catholique, apostolique et romaine.

« Le 4 mars, ayant passé le Cher pour aller à Chisseaux vers 16 heures, étant chez le nommé Lebert, marchand auquel il voulait acheter de la laine pour faire son marché, il y but de son vin pendant un peu de temps. Il y avait un autre homme et un soldat qui est celui qui a été arrêté avec lui, dont il ignore le nom.

Le 4 mars, il était parti au matin de la ville de Tours, qu’étant près de Bléré, il avait passé les ponts pour s’y rendre et de là à Francueil qui est du même côté de la rivière, ce qui l’avait obligé de passer à la barque pour revenir à Chisseaux qui est de l’autre côté du Cher.

Il n’avait rien à faire à Bléré, mais profitant des ponts il voulait se rendre à Francueil pour y acheter une pipe de vin (*) et il y but même une chopine avec le cabaretier du lieu.

Il a repassé le Cher, à la barque, de Francueil à Chisseaux, car le soldat qui a été arrêté avec lui lui a dit qu’il avait à faire de ce côté-là. Mais lui ayant à faire à Montrichard où il aurait pu se rendre par Saint Georges pour repasser l’eau, il consentit de passer par Chisseaux pour aller de compagnie avec le soldat. »

Lors de son nouvel interrogatoire, le 18 mars, Lepain affirme qu’il ignorait ce qu’il y avait sur le cheval et qu’il a été arrêté par Duvau et Dumont.

Le 27 mars 1762, le jugement est rendu. Joseph Drouet et Lepain :

-sont convaincus d’avoir contrevenus aux ordonnances en distribuant du tabac sans permission,

-défenses leur soient faites de récidiver sous les peines de droit,

-que pour l’avoir fait, ils sont condamnés solidairement et par corps chacun en l’amende de mille livres envers l’adjudicataire général des fermes de France,

-le tabac et le cheval saisis demeurent confisqués au profit de l’adjudicataire général des fermes de France .

(*) Environ 400 litres

Gilbert MARCOS

Source : Archives Départementales d’Indre-et-Loire – C 776