CHUTE DE LA GROSSE TOUR DE L’ENTREE DU CHATEAU

ET REMPLACEMENT DE L’HORLOGE DE LA VILLE

En date du 3 avril 1750, Charles THOYER, curé de Montrichard, dresse dans le registre paroissial, le procès-verbal « d’un fait mémorable » arrivé le 26 janvier 1749 : la chute de l’horloge de la ville.

Dans les quelques lignes qui terminent ce procès-verbal et qui ne sont pas reproduites ci-après, l’abbé THOYER mentionne, de façon humoristique, qu’aucune victime n’est à déplorer en indiquant « qu’il n’y a eu qu’un chat qui ait péri à cette chute et que l’on trouva fort plat sur les pavés après que les décombres furent enlevés ».

« Au milieu environ de l’escalier de pierre par lequel on monte à l’église de Sainte-Croix, l’une de nos églises paroissiales, était un petit bâtiment fort élevé, sur lequel était un petit dôme où était le timbre de l’horloge de cette ville, laquelle était dans un grenier au-dessous du timbre. Sous le bâtiment était une arcade sous laquelle on passait pour monter à l’église et où était le détour à côté gauche du bâtiment. En montant était une vieille tour fort grosse du château, sur laquelle paraissait appuyé le bâtiment. Dans laquelle tour était la forge et la boutique d’un nommé Antoine LECLERC, serrurier, qui avait pour demeure les chambres du bâtiment de l’horloge au-dessus de l’arcade. Ledit LECLERC avait la jouissance du bâtiment et de la tour pour avoir soin de l’horloge et l’entretenir de grosses et menues réparations et outre cela, ne payait point de taille. Telle était la convention entre les habitants de cette ville et feu le nommé THOMAS, beau-père dudit LECLERC. Nota que la tour, le bâtiment, ainsi que l’horloge, étaient fort vieux, et le tout très mauvais, ce qu’avions vu depuis notre arrivée en mai 1748.

A la fin de novembre 1748, il tomba quelques pierres de la tour du côté de la rue qui va de la grande rue à l’hôpital et à la Porte aux Rois. Cette chute de pierres et de maçonnage de la quantité d’une demie charrette fit craindre à toute la ville et particulièrement aux voisins de la tour, à cause de la grande vieillesse et des crevasses et lézardes que l’on remarquait en dedans de la boutique du forgeron. En conséquence, monsieur le procureur du roi écrivit avec quelques notables et habitants à messieurs du bureau des finances de Tours de vouloir bien veiller à leur sûreté et de faire examiner la tour.

Vers la mi-décembre de la même année 1748, messieurs du bureau des finances envoyèrent le voyer qui, l’ayant examiné en dedans et en dehors et l’ayant sondée, dressa son procès-verbal qui portait que la tour durerait encore longtemps au moyen de quelques toises de maçonnerie qu’il fallait faire dans l’endroit où les pierres et le mortier s’étaient laissés aller le mois précédent. Le voyer était-il bien entendu et bien connaisseur ? Ceux qui liront ce qui suit en décideront.

Environ un mois après, le samedi 25 janvier, à huit heures du soir, pendant une pluie abondante, la tour s’écroula tout d’un coup avec un bruit effroyable et une poussière qui entra dans les maisons voisines lorsque chacun ouvrit la porte pour voir la cause du grand bruit que l’on entendait. Le poids énorme des pierres de cette tour enfonça les parois de la maison du nommé TISSERAT, sellier, qui est vis-à-vis de l’endroit où était placée la tour. Les murs étant de colombage sous une poutre, il est hors de doute que la maison en aurait été renversée sans un pilier de pierre dure extrêmement fort qui porte le coin de la maison qui résista à la chute des pierres.

Par cette chute de pierres, la grande rue vis-à-vis le perron de Sainte-Croix et la rue voisine qui va à la porte aux Rois furent remplies de pierres. La tour étant ainsi tombée on s’aperçut que les bâtiments voisins où était l’horloge, avaient beaucoup souffert tant à cause de la secousse, que par la chute de la tour, que parce que la maison cessait d’être appuyée. En conséquence, le lendemain matin, dimanche 26 janvier, ledit LECLERC ôta tous ses meubles de la maison et tour, et quatre jeunes charpentiers hardis montèrent en haut de la maison et démontèrent l’horloge et son timbre qu’ils descendirent, non sans beaucoup de crainte de ceux qui les voyaient. Cette cloche est déposée dans l’église de Sainte-Croix.

Les maîtres charpentiers et maçons de la ville ayant été examiné le bâtiment avertirent le public qu’il y avait un danger évident de passer sous l’arcade pour aller à l’église ou l’on comptait toujours passer les plus grosses des pierres tombées, pour faciliter le passage à l’église par l’escalier du perron.

En conséquence nous, curé soussigné, du conseil des gens prudents, fit fermer la grande porte et entrée de l’église et en gardons les clefs et depuis ce temps-là, nous n’allons à l’église ainsi que tous les prêtres et le peuple que par la petite porte à côté de la sacristie, marchant par le petit escalier à côté du puits vis à vis de la rue qui va au pont.

Il s’agissait pour la sûreté et la commodité publiques de faire enlever les décombres de la tour et d’abattre le petit bâtiment. C’est ce qui fut quelque temps à se faire parce que monsieur de Chabannais, seigneur engagiste de cette ville et le Domaine du Roi se disputaient à qui échoit à faire cette dépense et chacun évitant de la faire.

Plusieurs lettres ayant été écrites et des procès-verbaux envoyés à Monsieur de Trudaine (*), on nous conseilla aussi d’écrire de notre côté parce que cette affaire regardait l’église puisqu’on ne pouvait plus y aborder que par la petite porte et avec beaucoup de difficulté. Nous écrivîmes donc à Monsieur de Trudaine(*) et à monseigneur l’archevêque de Tours, ce qui nous servit beaucoup, puisqu’il fit accélérer les choses, il fut décidé par provision que cette dépense serait faite aux frais de monsieur de Chabannais.

Dès lors, vers la mi-carême, c’est-à-dire vers la mi-mars 1749 on travailla à démolir la maison qui menaçait, que l’on étaya bien de tous côtés, ensuite on enleva tous les décombres ce qui dura jusqu’à la semaine sainte, temps auquel nous commençâmes à aller librement et sans crainte à notre église. On fit aussi un vaste mur pour le soutien des terres du château du côté ou était la tour, lequel mur doit durer longtemps.

Dans le même temps, on abattit aussi deux grands pignons d’un vieux bâtiment du château qui menaçait de tomber sur notre église de Sainte-Croix.

Cet accident occasionna la même année la réfection d’une nouvelle horloge qui fut refaite neuve et placée dans le clocher de Sainte-Croix, le tout aux dépens tant de la fabrique que des habitants qui y ont contribué par quête. »

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Effectivement, la ville n’ayant plus d’horloge, il fallut bien procéder à son remplacement.

Le 4 mai 1749, à la réquisition de Nicolas François CHEREAU, syndic de la ville, les notaires royaux de Montrichard se rendirent au palais de la ville (parloir aux bourgeois, à l’emplacement de l’actuelle mairie), où les habitants étaient assemblés, convoqués par le tambour à la manière accoutumée. Etaient présents, Jean Marie BOUCHEREAU, conseiller du roi et bailli de la ville, Charles THOYER, curé, Joseph RANCE, subdélégué de monseigneur l’Intendant de Tours, et de nombreux habitants.

Au début de la réunion, le syndic rappelle que l’ouvrage sur lequel était placée l’horloge de la ville étant démoli, la ville s’en est trouvée privée et ce défaut est une incommodité tout à fait grande pour le public. L’assemblée est invitée à délibérer sur les moyens de placer l’horloge en quelque lieu convenable pour l’utilité du public. Après en avoir délibéré, les habitants conviennent tous de placer l’horloge dans le clocher de l’église Sainte Croix et de la faire sonner sur l’une des deux grosses cloches. De plus, ils donnent pouvoir au syndic de faire venir de Tours, au plus tôt, les meilleurs horlogers et de faire les réparations nécessaires.

Le 1er juin suivant, une nouvelle assemblée a lieu au palais de la ville, avec plus d’habitants qu’au mois de mai. Le syndic précise qu’il a fait venir Jacques BUNET, horloger de Beaulieu-lès-Loches. Ce dernier, après avoir examiné l’ancienne horloge, propose d’en faire une neuve au prix de 235 livres avec garantie et entretien pendant trois ans, attendu que l’ancienne horloge, même bien rétablie, ne pourrait jamais être régulière et subsister longtemps, étant en trop mauvais état.

Tous les habitants, après en avoir délibéré, demandent au sieur BUNET de faire une nouvelle horloge sous la condition et la garantie de trois ans et que toutes les pièces soient neuves. Pour en être certains, l’horloger doit casser, devant eux, les pièces de l’ancienne horloge. La nouvelle horloge devra être livrée en septembre1749. 150 livres seront payées à la livraison et le reste (85 livres) aux fêtes de Noël. L’horloger devra placer le cadran de l’horloge au lieu qui lui sera indiqué. Les habitants fourniront les matériaux et le bois de charpente nécessaires, les ferrures et les cordages pour les poids et mouvements de l’horloge. Cette nouvelle horloge sera, à peu de choses près, de la grandeur et force de l’ancienne.

Le 5 juin 1749, une dernière assemblée des habitants se tient au palais de la ville aux fins de délibérer sur les moyens de payer la nouvelle horloge et sur son emplacement. Quelques- uns des habitants proposent de vendre une cloche pour payer l’horloge, mais après en avoir mûrement délibéré, ils conviennent qu’il est plus convenable de contribuer volontairement, chacun à proportion de ses facultés.

A cet effet, Il a été convenu que la somme de 130 livres sera prise sur les deniers de la fabrique et pour le reste, le procureur du roi à Montrichard établira un état de répartition volontaire en exemptant les pauvres de la ville.

Pour en terminer avec les éléments de l’ancienne horloge, il fut donné (par acte notarié du 14 janvier 1759) une petite cloche à Jacques MICHAU, fabricier, pour la vendre afin de financer les lambris de la nef et du bas-côté de l’église Sainte Croix.

La nouvelle horloge frappait les heures sur la grosse cloche et le timbre fut déposé dans le beffroi.

Gilbert MARCOS

A noter que pour une meilleure lecture du procès-verbal de l’abbé Thoyer, le nombre de termes de « ledit » « ladite » « dudit », fréquemment utilisés au 18ième siècle, a été réduit.

(*) Daniel-Charles TRUDAINE, intendant des finances, dirigea le service des ponts et chaussées, fonda l’école royale des ponts et chaussées en 1747.

Sources :

-Archives Départementales du Loir-et-Cher : E Dépôt 151/14-3 E 5/3-3 E 5/13

-« Etude Historique sur Montrichard et Nanteuil » par l’abbé Casimir Urbain LABREUILLE (en 2 volumes)