LA VENTE DU COUVENT DES URSULINES

Les vocations religieuses étaient si nombreuses au 17ème siècle que les Ursulines d’Amboise ne pouvaient plus recevoir les novices qui se présentaient. Elles achetèrent au nord de l’enceinte de la forteresse de Montrichard un emplacement d’environ deux arpents (1), qui partait de la hauteur de la Butte (entre l’actuel boulevard Philippe Auguste et la rue du Quatre Septembre), s’inclinait vers les rives du ruisseau de la fontaine de l’Aulne, alimentant les fossés des remparts, franchissait la rue de Blois (actuelle rue Vieille de Blois) et remontait jusqu’au camp retranché, placé devant le donjon (petite butte au nord du donjon). Le couvent fut construit entre 1620 et 1650.

La diminution progressive de leur effectif les fît rejoindre Amboise vers 1742 et quelques années plus tard, le couvent fut mis en vente. La description de ce dernier, aujourd’hui disparu en très grande partie, nous est connue grâce à l’abbé THOYER qui colla l’affiche pour la vente, dans le registre paroissial :

Couvent des dames religieuses ursulines de Montrichard réunies à celles d’Amboise par lettres patentes enregistrées au Parlement le 18 août 1755.

A VENDRE POUR LA SUPERFICIE OU POUR LE FONDS

« Ce couvent qui est situé en ladite ville de Montrichard, sur le bord du Cher qui se décharge dans la Loire en la ville de Tours, qui est à huit lieues (2), à quatre de la ville d’Amboise et à sept de celle de Blois, dont les murs en pierre de Bourré bâti depuis cent ans au plus.

Un grand corps de bâtiment à trois étages de 17 toises (3) de long sur 5 de large, sous lequel sont boulangerie, fruiterie et dépense voutées et une grande cave en roc. Au rez-de-chaussée, un vestibule communiquant à droite à une grande salle servant de réfectoire, éclairée à l’orient de 4 grandes croisées en menuiserie et un grand œil de bœuf au milieu, garnies de leurs vitres et volets : à gauche d’une autre grande salle aussi éclairée de 3 grandes croisées de même, au bout de laquelle est un grand escalier carré en rampes de bois communiquant aux trois étages dont les deux premiers sont deux grands dortoirs où se trouvent à droite et à gauche neuf cellules de chaque côté dans chacun desdits dortoirs, percée de chacune leur croisée en menuiserie et bien vitrée et le troisième un grand grenier en mansarde bien carrelé percé de 21 lucarnes tout autour couvertes chacune d’une nappe de plomb avec une charpente formant ladite mansarde, tenue par des tirants tant pleins que vides, attachés avec ferrures à des semelles régnant tout le long dudit grenier et au milieu d’icelui comble sur ladite mansarde couvert d’ardoises, à l’entrée duquel grenier sur ladite mansarde est un clocher plafonné en dedans et revêtu en dehors de plomb aussi couvert d’ardoises.

Au midi et à l’orient duquel corps de bâtiment, sont deux autres bâtiments formant une équerre, dont le premier est une chapelle au bout de laquelle est une sacristie contenant au total dix toises de long sur vingt-cinq pieds de large, au-dessus de laquelle est un petit dortoir où se trouvent plusieurs cellules, grenier carrelé sur le tout, comble dessus couvert d’ardoises.

L’autre de onze toises de long sur quatre de large, formant un chœur planchéié où sont 82 stalles en menuiserie et avant-chœur, sur lesquels sont corridor et appartement de quatre pièces, comble sur le tout aussi couvert d’ardoises et dans l’enceinte desdits corps de bâtiments où sont les cuisines, offices, parloirs et autres vaisseaux utiles.

A côté en dehors de ladite chapelle est un petit corps de logis composé d’une petite chambre à cheminée, cabinet à côté, comble dessus couvert d’ardoises.

L’enclos renfermé de murs en dehors, et d’autres murs en clôture en dedans, contenant le tout environ deux arpents, dans lequel enclos passe un ruisseau d’eau vive, au bout duquel est un grand lavoir à lessive et dans le petit enclos plusieurs autres bâtiments.

La vente se fera au plus offrant et dernier enchérisseur, soit pour la superficie, soit pour le fonds, suivant que la condition paraîtra meilleure avec les circonstances et dépendances, au parloir desdites religieuses Ursulines d’Amboise, devant maître BELIN, notaire royal, aux charges, clauses et conditions qui seront expliquées dans l’étiquette, dont on pourra prendre communication en l’étude dudit maître BELIN ou par les mains de maître COULLON, avocat audit Amboise, et à Montrichard par celles de monsieur l’abbé DUFAY, directeur de l’hôpital, qui fera voir lesdits lieux, circonstances et dépendances. La première enchère sera reçue le samedi 14 février prochain, la seconde le 21, la troisième, qui fera l’adjudication pure et simple, le samedi 28 dudit mois ».

Le samedi 17 janvier 1756, l’abbé Charles THOYER dressa le procès-verbal du défoncement du cimetière (sur une profondeur de six pieds) de l’ancien monastère des Ursulines et du transport des terres et ossements dans le cimetière de la paroisse.

Les bâtiments principaux devinrent l’hôtel de l’Ecu de Bretagne. Le couvent d’Amboise fit administrer les dépendances par des femmes de charge qui résidaient à Montrichard.

Gilbert MARCOS

Source : Archives Départementales de Loir-et-Cher : E Dépôt 151/16

 (1) un arpent : selon les régions, il pouvait varier de 3 500 à 5 200 m².

• un arpent royal = 5 107 m²

• un arpent ordinaire = 4 221 m²

(2) une lieue = 3,898 km

(3) une toise = 1,949 m