LE TRESOR DE MONTRICHARD

La découverte du « trésor de Montrichard » pose bien des énigmes pour les esprits curieux que nous sommes. Qui était si inquiet au point d’enterrer à cet endroit une si fabuleuse somme pour l’époque ? Et d’ailleurs quelle époque ?

Etant donné que les pièces les plus récentes sont frappées en 1661, On en déduit que le magot n’a pu être enterré plus tôt.

Sommes-nous dans le vrai, tout cela reste supposition…, mais partons de ces bases.

Qui pouvait manier autant d’argent en ce temps ? Et pourquoi l’avoir caché dans un pot en grès simplement fermé d’une ardoise afin de pouvoir à tout moment y puiser des liquidités ou en ajouter ? Pouvait-il appartenir à un prêteur, sorte de banquier de l’époque, état réservé à un « lombard » ? Rien ne nous aide à le prouver…

Tournons-nous donc vers une autre piste. Les pièces étant presque toutes neuves nous entraînent à penser à quelqu’un qui avait directement accès au service du roi, puisque nous savons qu’à cette époque les hauts dignitaires de la couronne étaient payés en pièces neuves.

Qui à Montrichard était assez « haut placé » en ces années 1600 ? Nous découvrons que Messire Jean LEPOT est « contrôleur du roi et grenetier du grenier à sel de Montrichard », descendant d’une illustre famille de juges à Montrichard. Il habite dans « sa seigneurie du château de Mothe-outre-Cher » paroisse de Faverolles-en-Touraine (peu de rapport pour l’instant avec la maison de Montrichard).

Grenetier du grenier à sel de Montrichard représente un très haut état car nous sommes en Touraine région de « grande gabelle » à la quantité de sel vendu et le grenetier reçoit des gages dont le montant est proportionnel. Or notre grenier à sel fournissait aussi la province d’Amboise.

Un grenetier comme Jean LEPOT est officier du roi, c’est-à-dire qu’il a acheté un « office ». L’achat d’un office confère « honneur, rang, prérogatives et privilèges ». Son titulaire jouit de l’exemption du logement des gens de guerre, de la collecte des tailles et impôt du sel, des corvées de guet et autres charges publiques, du service de la milice etc…etc…L’office de Montrichard est évalué à l’époque à 6000 livres. Une fois acheté, cet office se perpétue de père en fils, mais n’est accessible qu’à l’âge de 22 ans.

Nous voici donc avec une personnalité très importante de Montrichard, mais habitant Faverolles et un magot considérable enterré dans une maison de Montrichard en 1661 ou après. Quel rapport ?

La date de 1661 fait réfléchir. C’est l’époque de la mort de Mazarin où Louis XIV décide de gouverner seul et où il nomme Colbert intendant des finances, car elles sont à redresser. Trop de dignitaires se font des fortunes personnelles au préjudice du roi, comme par exemple Fouquet qui sera emprisonné à vie. Il sera dès cette époque interdit de posséder de fortes sommes sous peine de confiscation, aussi nombre de trésors sont dissimulés dès ce moment et l’étau se resserre auprès de tous ces hauts dignitaires. C’est ainsi que l’on apprend que le grenetier du grenier à sel de Montrichard sera surveillé dans ces recettes par un notaire, en l’occurrence par Jacob Labbé à partir de 1661, alors qu’il était jusqu’ici « seul maître à bord ». D’ailleurs dès cette époque trois Jacob Labbé, notaires royaux, se succédèrent de père en fils au grenier à sel de Montrichard pendant 100 ans.

Je suis allée fouiller aux Archives Départementales de Blois pour en savoir plus sur Jacob Labbé. Toutes les archives de ce notaire y sont déposées grâce à maître Texier, ancien

Notaire de Montrichard, et en feuilletant toutes les minutes j’ai eu la chance de trouver un acte de location à rentes foncières annuelles et perpétuelles qui date de 1698, avec la description exacte de la « maison du trésor. » Cet acte est signé de Renée Lepot, sœur de Jean Lepot, veuve Guillaume Belot. Elle est devenue propriétaire de cette maison et sur cet acte on apprend qu’elle appartenait avant à Marguerite Boisgaultier qui y avait fait construire une écurie « sous le logis de la couronne » autrement dit la Tour Carrée. Et qui était donc Marguerite Boisgaultier ? C’était la femme de Jean Lepot ! La question est donc résolue…ou presque… Pourquoi n’a-t-on jamais touché à cet argent alors que Jean Lepot est mort à Faverolles en 1712 (trois ans avant Louis XIV), à 75 ans, qu’il a toujours l’honneur d’être appelé (sur son acte de décès) Seigneur de Faverolles et qu’il est enterré à Nanteuil. Il a un fils né le 3 août 1660 qui s’appelle évidemment Jean Lepot.

Et nous continuons à chercher…parce que Jean Lepot à 52 ans à la mort de son père, qu’il ne paraît pas au courant de cet enfouissement et que personne n’a cherché à récupérer ce fameux pot et ses 600 pièces d’or et d’argent…bizarre, bizarre.

Qu’est-il donc arrivé à Jean Lepot père dans le courant de sa vie pour cacher ainsi ses économies, ne pas y toucher, ni en aviser ses descendants ?

Depuis toujours une rumeur tenace circulait dans la campagne disant qu’un trésor était caché au château de la Mothe : il a été cherché en vain pendant des décennies. Les chercheurs n’ont rien trouvé, et pour cause puisqu’il était à Montrichard. On sait aussi par les archives des descendants de la famille que Jean Lepot fut saisi en 1698 pour une question d’héritage et nous avons à ce sujet l’estimation des terres et du château de la Mothe.

Mais quel rapport avec le magot caché 37 ans plus tôt. Nous cherchons…nous cherchons…

En tout cas, c’est une bien jolie histoire pour un certain petit maçon…

J. Suraud

Sources : Archives départementales : 3 E 5 223

Bulletin des Amis du Vieux Montrichard.n° 26 : le grenier à sel de Montrichard

par Mr Boussereau

  Lien externe : académie de touraine