LES PRISONS DE MONTRICHARD

Les plus anciennes prisons de Montrichard devaient être situées au rez-de-chaussée du donjon, selon certains historiens.

Les prisons encore visibles aujourd’hui sont dans l’enceinte de la forteresse, mais relativement proches du « palais » où le conseiller du roi, bailli, juge civil, criminel et de police du siège royal de Montrichard, exerçait la justice. Ces prisons moyenâgeuses sont creusées dans le rocher, au-dessous de la seconde lice du donjon. On y accédait par une porte fortifiée. Elles comprenaient deux chambres à cheminée, dont l’une s’appelait « la chambre des espagnols », un grenier au-dessus, une cave en roc servant de logement au geôlier et quatre caves en roc servant de prisons, plus un cachot « le plus profond et le plus sinistre ». Le geôlier devait être de bonne vie et mœurs, savoir lire et écrire. Il était tenu de coucher à proximité des détenus. Les prisons n’étant pas toujours pourvues suffisamment de « locataires » il arrivait que le geôlier exerce une autre activité, comme François POMMIER qui, en 1772, était geôlier mais aussi tisserand.

Le vendredi 13 octobre 1307, sur ordre du roi Philippe IV dit « Le Bel », les baillis et sénéchaux de France procédèrent à l’arrestation des Templiers dans tout le royaume. On peut penser que ceux du Moulin Blanc à Bourré et ceux de la Maison du Prêche furent conduits dans les geôles de Montrichard qui était le siège d’un baillage.

L’ordre du Temple était un ordre religieux et militaire créé en 1129 pour l’accompagnement et la protection des pèlerins se rendant aux lieux saints (Jérusalem). Il fut dissout en 1312.

Le 23 décembre 1588, sur ordre du roi Henri III, Henri de Guise (surnommé « le Balafré ») est assassiné à Blois, d’une trentaine de coups d’épée et de dagues. Son corps fut dépecé puis brûlé et ses cendres jetées dans la Loire. Il était l’un des chefs de la Ligue ou Sainte Ligue.

D’autres ligueurs furent arrêtés et emprisonnés à Amboise : le cardinal Charles 1er de Bourbon, le duc de Nemours, Charles Emmanuel de Savoie et l’archevêque de Lyon, Pierre de Saint Priest d’Epinac. Lors de leur transfert à Blois, le duc de Nemours s’évade. Alors, le roi décide d’enfermer ses prisonniers à Loches. Sur le chemin qui les y menaient, ils furent enfermés temporairement à Montrichard.

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L’ordonnance royale de mai 1425, reprise dans celles de 1485 et de 1535, définit la fonction de geôlier. Il doit entretenir la prison et y tenir enfermés les personnes qui lui sont confiées moyennant un salaire versé par les détenus eux-mêmes. Il reçoit un droit de geôlage à l’entrée du prisonnier et une redevance pour son coucher. Il lui procure contre argent comptant tout ce qui lui est nécessaire et a l’obligation de fournir à ses dépens pain et eau aux prisonniers qui n’auraient pas de quoi vivre. Au 16ème siècle, les prisons deviennent royales et sont soumises à bail à ferme. A partir de Louis XIV, le geôlier devra changer les linceuls (draps) toutes les 3 semaines pour les prisonniers couchant dans un lit. Ceux couchant sur la paille se la verront changer toutes les 3 semaines. Le titre XIII, qui contient 39 articles, de l’ordonnance criminelle d’août 1670 enjoignait que les prisons soient sûres et disposées en sorte que la santé des prisonniers n’en puisse être incommodée, ce qui n’est pas le cas à Montrichard.

Pour les « dettiers » (prisonniers pour dettes) ce sont les créanciers qui devaient verser un mois d’avance au geôlier. A défaut, ils étaient élargis. Néanmoins, ils étaient séparés des autres prisonniers.

Tout près des cachots, à l’extrémité d’une petite cour, s’ouvrait la porte étroite d’une tribune occupant toute la largeur du pignon de l'élise Sainte-Croix. On y conduisait parfois les détenus pour assister à la messe en surplomb de la nef.

Les seigneurs de Montrichard avaient droit de haute, moyenne et basse justice. Le droit de haute justice était celui de pouvoir juger toutes les affaires et prononcer toutes les peines dont celle de mort. Le droit de moyenne justice était celui de juger les affaires de rixe, injures et vols. Le droit de basse justice jugeait les affaires touchant aux droits du seigneur mais aussi les délits et amendes de faible valeur.

Quelques prisonniers et condamnations :

- 14/06/1728, René DESCHAMPS et Claude THETION, coupables du larcin de vol de tasse d’argent, d’avoir juré et blasphémé le saint nom de Dieu, sont condamnés à être appliqués au carcan de la place publique du marché, l’un après l’autre et y demeurer attachés par le col l’espace de deux heures chacun avec un écriteau devant où seront ces mots « Jureurs du saint nom de Dieu et voleurs de tasse d’argent ». Bannis de la ville et du baillage pour trois ans et condamnés à payer une amende de 60 livres pour les pauvres de l’hôpital. Le carcan était une peine destinée à humilier les condamnés, elle a été abolie en 1832.

- 15/07/1733, Jean SERRANDO, dit « je m’en vais demain » condamné pour vol de plusieurs boisseaux d’orge est fustigé nu de verges par l’exécuteur de la haute justice dans les carrefours et lieux accoutumés, flétri de fer chaud sur l’épaule dextre de la lettre V et banni pour neuf ans de la ville et de l’étendue du baillage.

- 28/05/1751, André LEBERT, condamné pour vol chez plusieurs particuliers, est fustigé nu de verges par l’exécuteur de la haute justice, dans les carrefours et lieux accoutumés, flétri de fer chaud sur l’épaule dextre de la lettre V et banni pour neuf ans de la ville et l’étendue du baillage.

- 29/07/1752, Jacques BRULE, geôlier, ayant favorisé l’évasion d’un prisonnier, est condamné à être flétri sur l’épaule droite, au fer chaud, des lettres G A L par l’exécuteur de haute justice sur la place du marché. Il est conduit ensuite à Tours où il rejoint la chaîne pour être forçat pendant trois ans sur les galères du roi. 30 livres seront payées à l’exécuteur, Martin BERRÉ.

- 24/4/1757 : Maurice LOUET, 54 ans, sabotier à Bourré, époux de Marguerite BACHET, est mis en prison pour avoir volé 6 aunes de toile à la veuve DENIAU, dans le jardin d’Augustin TEMPLIER.

- 18/08/1757, François BARITTET, geôlier, a favorisé l’évasion de Jacques GEORGET, maçon, condamné le 19/12/1756, pour vol à Faverolles.

- 08/06/1766, Jean PICHON et sa femme Marie DONNIN, sont transférés des prisons de Loches à celles de Montrichard, pour avoir maltraité à coups de bâtons François POUSSECHAT, tisserand, lui avoir volé 48 sols et voulu l’assassiner.

- 28/06/1786, François CORMERY, condamné pour vol, est trouvé mort dans son cachot. Les deux chirurgiens appelés, déclarent et sont convaincus qu’il s’est homicidé et étranglé lui-même. Un procès est fait en présence d’Etienne GITTON, curateur du cadavre de François CORMERY, dont la mémoire est condamnée à perpétuité et ses biens confisqués au profit du roi. Son inhumation ne sera pas transcrite sur les registres paroissiaux.

- 19/10/1786, François GABILLET, dit "Quentin" est condamné aux galères pour vol de neuf sacs de blé au moulin de l'Etourneau. Il est fustigé nu de verges par l'exécuteur de la haute justice dans les carrefours et lieux accoutumés, flétri de fer chaud sur l'épaule dextre de la lettre V et banni pour neuf ans de la ville et de l'étendue du baillage.

- de février à août 1789, en attente d’être transférée dans un établissement adapté, Anne RATTIN, veuve de Louis Jacques BRISSAULT, est détenue pour folie car son état ne permet pas de la laisser libre. Dans ses excès de folie, elle a déchiré les affiches concernant le règlement pour la convocation des Etats Généraux.

- 30/04/1790, Augustin DOUCET, pour avoir volé un sac de toile contenant 600 livres dans un coffre qu’il a effractionné chez Pierre FAUGET, est condamné à être battu et fustigé nu de verges aux lieux et carrefours accoutumés de la ville, flétri d’un fer chaud sur l’épaule gauche des trois lettres G.A.L. par l’exécuteur de la haute justice et conduit aux galères du roi comme forçat pendant neuf ans. Il était déjà flétri de la lettre V.

Exécuteurs des décisions de justice à Montrichard :

Quelques geôliers de Montrichard :

Gilbert MARCOS

Sources : Archives Départementales de Loir-et-Cher, 26 Bv 15 à 31 – 3 E 46/52

Société Archéologique de Touraine, Tome LXII, 2017

Etude historique sur Montrichard et Nanteuil par l’abbé Casimir Labreuille.

Les Amis du Vieux Montrichard, bulletins n° 34 – 35 – 41