Au XVIIIème siècle, le réseau qui drainait les forçats vers les galères de Marseille, dénommé « la chiourme », s’articulait autour de trois axes formant les chaînes de Paris, de Guyenne et de Bretagne.

La chaîne de Bretagne traversait la France en diagonale de Rennes à Marseille en empruntant les vallées fluviales. Elle rejoignait Tours par Angers et Saumur puis remontait la vallée du Cher et de l’Auron, passait par Montrichard, Selles, Vierzon et Bourges.

A raison de 20 à 30 kilomètres par jour et d’une vingtaine de kilogrammes sur les épaules les forçats gagnaient ensuite Moulins, La Palisse et Roanne.

La portion la plus terrible se situait entre Roanne et Lyon lorsque les hommes enchaînés deux par deux par le cou devaient franchir les monts de Beaujolais par Tarare et Arbresle. A Lyon, la chaîne s’en remettait aux bateliers du Rhône qui la transportait jusqu’à Avignon ou Arles où elle reprenait la route pour Marseille.

Les décès étaient nombreux surtout aux périodes de grand froid, tel celui de Gatien Pinon dit « la Hotte », originaire de Nantes et qui mourut à Montrichard et y fut inhumé le 3 septembre 1708. Il avait 42 ans.

Le capitaine et le commissaire d’une chiourme de forçats réquisitionnaient d’étape en étape des charrettes pour le transport des bagages et des « malades ». La commission leur accordait le pouvoir de réclamer des vivres et d’exiger qu’on mette à leur disposition une grange pour abriter les hommes.

Bien que les services rendus fussent payés immédiatement, les habitants s’efforçaient d’échapper à ces contraintes. Les propriétaires de voitures et de chevaux disparaissaient dans la nature tandis que les gardes furetaient pour s’emparer du moindre attelage.

Le 13 juillet 1703 le commissaire d’une chaîne adresse un procès-verbal en insistant sur « l’insolence » et « l’esprit mutin » des manants du lieu. Il insiste surtout sur la désobéissance de quelques habitants de Montrichard qui ont refusé leurs charrettes et demande que ces laboureurs soient punis par une amende. Ils sont inexcusables, d’autant plus que le prix des charrettes était payé régulièrement et que l’on ne leur demandait de faire que trois ou quatre lieues.

Jean Théau

Sources : Archives départementales B C 36 F 71

Les Galériens, d’André Zysberg.