PETIT HISTORIQUE DE MONTRICHARD

Sources : - « étude historique sur Montrichard et Nanteuil,

par monsieur l’abbé Casimir LABREUILLE » – Tours 1896

Bulletins édités par l’Association « Les Amis du Vieux Montrichard »

Ses origines :

Le village d’origine est situé à l’ouest de la ville, au lieu nommé Nanteuil. On y a trouvé des débris de constructions romaines et des petits aqueducs pour les eaux de la source, mais aussi un grand cimetière mérovingien contenant plusieurs sarcophages dont certains sont exposés au musée du donjon. Saint Martin aurait pratiqué le baptême à Nanteuil, dans la seconde moitié du IVème siècle.

Près du petit mont dominé aujourd’hui par le donjon se trouvait, au XIème siècle, le village de Mont Reveau, ainsi appelé du nom de son chef, seigneur de petite noblesse, vassal de Gelduin de Saumur.

Sa forteresse :

Entre 1110 et 1128, est construit le château. Les murs du donjon sont épais de plusieurs mètres à sa base et son sommet est à environ 67 mètres au-dessus du niveau du Cher. Il était composé d’un rez-de-chaussée qui devait servir de caves et de cachots, surmonté de trois étages : un servait de magasin, un était le logis seigneurial et au-dessus était une salle commune où se trouvait, entre autres, des projectiles. Des ouvertures en arc brisé sont au second étage et il subsiste les traces d’un toit à double versants qui le terminait autrefois.  Les étages étaient séparés par des planchers de bois. Le dernier étage était pourvu d’un chemin de ronde crénelé. A son sommet se trouvait l’échauguette ou « lanterne » avec la bannière du seigneur. Un escalier taillé dans la masse mène au sommet. Un puits se trouvait à l’intérieur du donjon. Postérieurement, sous le règne de Louis XI, des logis royaux y sont adjoints.

Tout autour du donjon et à quelques mètres s’élève une première enceinte (chemise) qui était, à l’origine, défendue par des fossés.

En contrebas une seconde enceinte est raccordée au donjon. Une troisième enceinte, du XIIIème siècle était plus vaste et englobait l’actuelle église Sainte Croix, chapelle royale à l’origine.

Un long souterrain permettait de fuir vers la forêt au nord, ou de prendre d’éventuels assaillants à revers.

Les murs d’enceinte de la ville, de 7 à 8 mètres de hauteur, avaient quatre portes principales d’entrée fortifiées :

-La Porte au Roi au nord, devant laquelle l’eau coule un ruisseau et suit l’enceinte jusqu’au Cher, passant devant la Porte Peinte à l’ouest (ce ruisseau est aujourd’hui recouvert),

-La Porte du Pont au sud, devant laquelle coule le Cher,

-La porte Chanvre à l’est. 

Ces portes seront démantelées aux XVIIIème et XIXème siècles.

En 1794, les salpêtriers exploitent le salpêtre des pierres du donjon pour la fabrication des munitions.

A l’angle sud-est du donjon une tour ronde est construite au XVème siècle et détruite par l’artillerie française en 1940. L’ennemi avait placé son artillerie dans l’enceinte du donjon et les Français étaient placés de l’autre côté du Cher. Elle comportait 4 étages, avait un petit oratoire et son rez-de-chaussée servait de prison.

En 1997 est découvert près des ruines de la tour détruite un silo à grains permettant de stocker près de 75 tonnes de grain pouvant alimenter 1000 personnes pendant un siège de six mois.

Rapide historique

Au IXème siècle, les bords du Cher souffrent des invasions normandes pendant près de soixante ans.

Foulques III dit Foulques Nerra, hérite en 987 de l’Anjou et de nombreuses terres enclavées dans des provinces qui ne lui appartiennent pas, dont la Touraine. Comme il lui faut des points d’appui pour prendre possession de cette province, il construit des forteresses dans diverses places lui appartenant : Langeais, Montbazon, Montrésor, Sainte Maure, Semblançay.

Foulques Nerra, Comte d’Anjou, saisit l’importance stratégique de ce petit mont situé sur les terres de son rival Eudes II, Comte de Blois, rase les villages de Nanteuil et de Mont Reveau et édifie, entre 1005 et 1010, une tour en bois, sur la petite élévation derrière le donjon actuel, protégée par des palissades, qu’il appelle Montrichard (on ignore toujours la signification de ce nom).

Une guerre s’ensuit entre Foulques et Eudes.  Le 6 juillet 1016, au point du jour, le Comte de Blois, Eudes II, partant de Blois, marche sur Montrichard avec une très nombreuse armée. La rencontre avec l’armée de Foulques a lieu près de Pontlevoy, au lieu-dit « l’Ail Vert ». L’armée de Foulques Nerra, dissimulée dans les bois de Sudais, barre soudainement le passage à l’armée d’Eudes. C’est un choc terrible et une effrayante mêlée. Foulques est blessé et le Comte de Blois se voyant déjà vainqueur, commet l’imprudence de continuer sa route jusqu’à Montrichard. Mais, Herbert, Comte du Mans et allié de Foulques vint à son secours avec son armée. Le Comte de Blois prend la fuite. De 3 000 à 6 000 hommes, selon les textes, sont tués ou faits prisonniers.

Avant sa mort, Foulques confia Montrichard à Lisois de Bazougers (990-1065), filleul d’Hugues Capet, associant ainsi Montrichard à la grandeur de la Maison d’Amboise. Après diverses petites guerres locales entre les seigneurs de la région, Montrichard devient définitivement, en 1109, fief de Hugues 1er, Seigneur d’Amboise et de Chaumont, qui fait construire le donjon de pierres, comportant un logis seigneurial pourvu de baies et d’une cheminée et améliorera les défenses de la forteresse.

La famine sévit de 1030 à 1033 et la peste emporte un tiers de la population.

En 1043, la famine sévit dans tout le royaume. Thibault, Comte de Blois et son frère font main basse sur tout le bétail qu’ils rencontrent dans la région de Montrichard.

La Touraine, dont Montrichard fait partie, est terre anglaise appartenant à Henri II Plantagenêt, puis à Richard Cœur de Lion, descendants de Foulques Nerra à la 6ème et 7ème génération. De nombreuses guerres entre le roi de France et le roi d’Angleterre ravagent la région à la fin du XIIème siècle.

En 1176, Montrichard connait une grande famine et est secourue en vivres par le roi Henri II Plantagenêt.

En juillet 1188, le roi Philippe Auguste débute le siège de Montrichard, qui dure deux mois. La ville est défendue par 42 chevaliers et 300 combattants dont 50 sont affectés à la défense du donjon. Les « taupes du roi » sapent les murailles de la forteresse et les font écrouler en mettant le feu aux étais de leurs souterrains. La ville est incendiée. De ce siège il subsiste, près de l’entrée du donjon, un boulet de pierre de 41 cm de diamètre, tiré par un mangonneau.

Avec le rattachement définitif de la Touraine à la couronne de France, Montrichard devient définitivement française et la ville connaît environ un siècle et demi de paix.

En août 1308, au cours d’un voyage qui doit le conduire devant les cardinaux représentant le pape Clément V, Jacques de Molay, grand maître de l’Ordre des Templiers et plusieurs de ses chevaliers sont enfermés dans les prisons du donjon.

La peste de 1348 et 1349 font peu de ravages dans la population.

En 1356, dans les débuts de la guerre de Cent Ans, la place forte de Montrichard est mise en état de défense. Les troupes royales passent en grand nombre dans la ville pour aller en Poitou où elles sont battues par celles d’Edouard Plantagenêt, plus connu sous le nom de Prince Noir, à Poitiers le 19 septembre 1356 et le roi de France Jean II fait prisonnier. C’est d’ailleurs pour payer la rançon qu’est créé le franc en 1360.

Le 9 juillet 1418, le Dauphin, futur Charles VII, est à Montrichard avec son armée pour aller combattre les Bourguignons.

Le 23 avril 1422, Montrichard reçoit le dauphin Charles venant de Bourges. Il y reviendra à plusieurs reprises en tant que roi, jusqu’à sa mort en 1461. Au château, le roi loge au rez-de-chaussée car il répugne à loger en étage depuis que l’effondrement d’un plancher l’a mis en péril.

Vers 1436, pendant la rébellion du dauphin le futur Louis XI contre son père, le roi Charles VII ordonne aux gouverneurs de Blois et d’Amboise de s’emparer du château de Montrichard. Ce qui est fait pendant que les maçons réparent les murs.

Louis XI séjourne avec la reine, Charlotte de Savoie, au château de Montrichard en novembre 1461, peu de temps après son sacre (août 1461). Il y marie ses deux filles. Tout d’abord Anne en novembre 1473 épouse à l’âge de 13 ans Pierre de Beaujeu (de 20 ans son aîné). Elle sera régente du royaume de France pendant la minorité de son frère Charles VIII. En septembre 1476, sa fille Jeanne appelée « la boiteuse » épouse à 12 ans le prince Louis d’Orléans, futur roi Louis XII.

Louis dote richement l’église Notre Dame de Nanteuil et y fait de fréquents pèlerinages.

En 1539, l’empereur Charles Quint, allant à Chenonceau, passe à Montrichard avec toute la cour de François Ier   

Le 4 janvier 1563, la ville de Montrichard, après une vigoureuse résistance, se rend au prince de Porcien, un des lieutenants de l’amiral Coligny, Chef de l’armée protestante. L’armée royale délivre rapidement la ville des protestants.

Le 19 mars 1589, le roi Henri III reçoit Sully dans le château pour négocier la reconnaissance d’Henri de Navarre comme successeur au trône.

Au mois de septembre 1589, la Ligue (union des catholiques) s’empare de la ville de Montrichard, mais Henri IV la reprend en novembre, la ville se rendant à la première sommation. Le roi menace de faire pendre tous les Montrichardais s’ils se mettent à nouveau du côté de la Ligue. Sur ordre du roi le donjon est démantelé de 12 pieds (environ 4 m).

Le 18 juillet 1614, Louis XIII passe la nuit dans la ville. C’est le dernier roi qui y vient.

En conflit avec son fils Louis XIII, la reine-mère Marie de Médicis est exilée au château de Blois. Le duc d’Epernon, gouverneur de Loches, la fait évader. Elle rencontre le fils du duc, l’archevêque de Toulouse, à l’hôtel de l’Ecu d’Espagne dans la nuit du 21 au 22 février 1619. Ensemble, ils poursuivirent leur route jusqu’à Loches.

En novembre 1753, les logis royaux s’écroulent sur l’église et l’endommagent considérablement. Les parties détruites sont reconstruites et elle rouvre au culte en 1757.

Pendant la Révolution, l’église Sainte Croix est vouée au culte de la Raison (automne 1793-printemps 1794) puis à celui de l’Etre Suprême (1794). Les confessionnaux sont transformés en guérites pour les soldats.

En 1917, des troupes américaines sont en cantonnement dans la région.

En 1936, commence la création du parc-plage qui pendant de très nombreuses années attire les vacanciers à Montrichard

En juin 1940, le gouvernement se trouve à Chissay, à côté de Montrichard et une grande partie de son administration est logée dans notre commune. Le 14 juin, le Champ de Foire et le quai du Cher sont bombardés et près de 300 victimes sont à déplorer.

Le Cher constitue la ligne de démarcation entre la France occupée et la France non-occupée, pendant la seconde guerre mondiale. Montrichard est en zone occupée.